Jacques (ou Jacob) Sabon, né à Lyon vers 1520, est un des premiers typographes à se spécialiser dans la fonderie de caractères.

Travaillant pour la fonderie Egenolff à Francfort, à partir de 1557, sa présence dans la cité – qui deviendra capitale de la typographie européenne – est probablement due à des raisons économiques tout autant que religieuses. Sabon, réformé, trouve refuge à Francfort, comme André Wechel, l’imprimeur et exécuteur testamentaire de Garamont. Appelé à Anvers par Christophe Plantin en 1565, Sabon finalise la gravure d’un alphabet inachevé de Garamont de
« grosses capitales extraordinaires » selon les archives plasticiennes.

Le patronyme de Garamond devient synonyme de label d’excellence.

En 1571, il épouse Judith Egenolff et, l’année suivante, prend la direction de la fonderie. On le voit largement pourvu en fontes françaises de Garamont, Haultin et Granjon. Il est possible qu’André Wechel lui en ait fourni une large part puisque, comme l’indique Guillaume I Le Bé, lors de la vente du matériel de Garamond : « André Wechel en acheta les poinsons qu’il a transportés en Allemagne… »

À la mort de Sabon, en 1580, sa veuve épouse Conrad Berner qui, en 1592, publie l’un des premiers spécimens de caractères destiné à une large clientèle d’imprimeurs. Jusque-là les fondeurs proposaient des épreuves dans le cadre d’échanges commerciaux limités. Ce spécimen, comme le souligne son commentaire, est alloué aux typographes de manière à faciliter « le choix du caractère avec lequel leur travail sera le mieux effectué ». Les romains présentés bénéficient de l’appellation Garamond et les italiques sont attribuées à Granjon. L’ensemble est très proche des caractères possédés par l’imprimerie de Plantin. Le patronyme de Garamond devient ainsi synonyme de label d’excellence plutôt que d’exacte fidélité à des types originels d’ailleurs mal définis. Dans les années 1960, Jan Tschichold s’appuiera sur le spécimen Egenolff-Berner pour entreprendre une nouvelle garalde qu’il baptisera « Sabon » en hommage à son lointain prédécesseur.